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 SOLIDARITE:

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Partout, des rues, des avenues, des places sont célèbres loin de leurs villes. Pour des motifs souvent bien artificiels... D'autres, qui n'ont pas de renom, mériteraient pourtant de figurer dans les mythologies urbaines. Telle une certaine rue qui, dans l'Alger d'autrefois, était connue sous l'appellation des " Tournants Rovigo". Son cadre? Façades Napoléon III, entrecoupées d'immeubles des années 30-40, bordés de ficus; le tout imbriqué dans un lacis de ruelles, de traverses, d'escaliers, d'impasses... où l'on alla longtemps sans crainte...

Mais qu'avait donc la rue Rovigo de si singulier? Dans "Le Premier Homme", Camus l'évoque : "Un quartier qui dominait la ville et la mer, occupé par des petits commerçants de toutes races et de toutes religions, où les maisons sentaient à la fois les épices et la pauvreté."
Les épices... ah oui!... (pas seulement d'ailleurs, tant d'autres odeurs passaient, remuées par la brise venue des quatre-canons, ou montée du port ) mais de pauvreté, ça non! Nulle indigence, pas de taudis, encore moins de haillon! Un décor pour des hommes simples, laborieux et dignes... mélange social idéal d'ouvriers, d'artisans, de commerçants, de médecins, d'artistes, d'instituteurs dont les garnements égayaient les jeudis et les trottoirs poussiéreux de soleil. Ici, Zola n'aurait rien trouvé à se mettre sous la plume; Daudet sûrement.

Rue singulière d'abord par ses fameux "tournants", dignes des cols alpestres et qui hissaient ses tramways, dans les années 20 et 30, chargés de passagers et de longs panneaux de réclames pour Meunier ou Vichy-Celestin. Mais remarquable surtout par une harmonie, un équilibre, une richesse de personnages, dont seuls ceux qui eurent le privilège de respirer son air - et dont certains moururent pour le défendre... - pourront dire ici l'exceptionnelle beauté.

Mais l'ultime singularité de cette rue fut d'avoir perdu sa petite civilisation, telle Pompei... dans un cataclysme. Sans ce désastre, aurait-elle connu par l'évolution -l'involution!- de la société française, le sort de ces quartiers parisiens, et d'ailleurs, naguère noblement populaires aujourd'hui sans âmes ou coupe-gorges?...

La rue Rovigo prenait symboliquement son essor du côté d'un théâtre et d'une église pour s'achever non loin d'un musée, après avoir frôlé un marché aux puces. L'église était la paroisse St-Augustin, et le musée, Franchet d'Esperey, rempli de vestiges d'épopée et de fraîcheur...

Un de ses émigrés, revenu revoir son "chez soi" en 1970, croisa un ancien voisin musulman - son condisciple à l'école Dordor -. Celui-ci le prit dans ses bras, sans retenir ses larmes... Cet homme n'avait pas oublié la rue Rovigo disparue...

Luc BOIVIN.

 
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(Cliquez sur le plan pour l'agrandir)  

Plan de 1878.
 
Photos aériennes prises en 1946.
 
   
 
Vue aérienne du square Bresson, l'Opéra, et les Tournants. 1945/46: vue aérienne du port, les bassins, les Quais, le centre-Alger, la Grande Poste, le GG, le Forum,le Stade Leclerc, les Quatre Canons, les Tournants, la Casbah....
 
En France, Noël devient une fête à risques ! Mais nous, nous avons inauguré l'ère ; les anciens de notre rue s'en souviennent.
Tandis qu'à l'école maternelle de la rue Dupuch on apprenait " Mon beau sapin ", ailleurs, avec l'aide des " porteurs de valises " on préparait les cadeaux…
Ce soir de Noël, ils choisirent de frapper le cœur de notre quartier, le Cadix… Que ce rappel encore douloureux, soit l'occasion de nous souvenir des victimes d'un terrorisme qui n'indignait pas grand monde. Je sortais de chez le coiffeur de la rue Montpensier, quand l'écho des premières rafales remonta jusque là. Venant de la casbah, une voiture mitraillait les passants au hasard. Partout, dans le café de l'avenue Gandillot, devant la pharmacie, l'épicerie mozabite… des morts, des blessés…

Après le temps, toutes les victimes, pour moi, ont désormais un seul visage, celui d'une jeune voisine de 17 ans, petite espagnole, sage, orpheline de père, avec de beaux cheveux noirs. Elle habitait dans l'immeuble, entre le marchand de TSF et M.Espitalier, l'épicier. Chargée de courses pour le réveillon, elle passait devant le café. Au coin de la rue Gandillot, sa cervelle éclaboussa le mur. Quelqu'un la recouvrit d'un manteau.
Une façon de marquer Noël qui n'émut pas beaucoup les parisiens…
L.B
 
EN LIBRAIRIE...
 
Vient de paraître: Le tome II des Tournants...
Préface de Geneviève de TERNANT
1939/40 - Devant chez " Manousse", M. Catala, sa femme , ses enfants et son neveu François du Bar François; Monsieur Souquet, serrurier; M. Chichportich, (dit Albert) tailleur, et ses enfants. Pendant la longue mise au point du photographe, tous les voisins et amis du CADIX sont venus poser spontanément en curieux. Le 3° jeune homme à gauche est le fils du rabbin Abitbol de l'avenue Gandillot.

 
Depuis novembre 2001, grâce à leur site sur les Tournants Rovigo, Hervé Cuesta et ses amis, " Anciens des Tournants Rovigo ", ont tenté avec passion et détermination de reconstruire le puzzle de leur jeunesse dans ce quartier cosmopolite et laborieux.
Le premier tome du livre a eu un succès remarquable et la collecte de photos et documents rescapés de l'exode de 1962 n'a jamais cessé, trouvant même un second souffle grâce à cet ouvrage paru en 2006 : l'auteur se devait donc d'y apporter une suite.
Merci à tous ces généreux donateurs qui ont permis de perpétuer la vie des Tournants et surtout d'en témoigner.
 
En vente chez l'auteur (Cliquer dans le menu à gauche sur: "Nous écrire" ou dans les points de vente du tome 1
FNAC, CULTURA, HACHETTE, Édition GANDINI, La SORBONNE, FRANCE-LOISIRS, AMAZON et certaines Grandes Surfaces...
 
 
 
Préface de Pierre DIMECH
Alger 1961 - Jeunes du CADIX devant " la cave BARDINI" à l'angle de l'avenue Gandillot: de g. à d., sur la moto "Jawa": Jean Talbi, Hassene et Tewfik Kellouah, J.P.Ponsetti, Charles Penalba, X, Robert Mascaro sur la moto d'Hassene, Georges Roeckel, Nono Aragonès, Lounès, ...
La vie cosmopolite qui animait les Tournants Rovigo a disparu avec l'Algérie française en 1962. Ce quartier d'Alger surplombait le port, s'étirait jusqu'au sommet d'une colline et était connu de tous les Algérois. On disait même, en plaisantant à propos d'une ligne sinueuse : " Elle est droite comme les Tournants Rovigo ! ". En essayant de faire revivre son quartier grâce au site Internet sur les Tournants Rovigo puis par l'intermédiaire de ce livre qui en est le reflet, Hervé Cuesta, aidé par des amis, amoureux-fous, comme lui, de ce quartier pittoresque, veut transmettre cette mémoire fragile pour mieux la conserver. Et puis il veut aussi, certainement, se guérir un peu car en 1962, le soutien psychologique n'existait pas… Enfin, il souhaite laisser une trace de toute cette vie disparue aux enfants et petits-enfants des descendants de pionniers qui avaient construit ce beau pays. Cet ouvrage constitue, sans nul doute, un geste d'amour.
Hervé CUESTA
 
En vente : FNAC, CULTURA, HACHETTE, Édition GANDINI, La SORBONNE FRANCE-LOISIRS, AMAZON et certaines Grandes Surfaces...
Chez l'Auteur
19,90 € Éditions Alan SUTTON
8, rue du docteur Ramon
37540 Saint-Cyr-sur-Loire
Tél.: 02.47.40.66.00 - Fax: 02.47.40.66.01

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