Je n'irai pas franchir de l'amertume, le seuil,
Ouvrir le Souvenir dont je porte le deuil,
Ajouter à la Peine, la peine d'une torture
Et raviver le feu des anciennes blessures. ..

Je n'irai pas fleurir la tombe du Passé
Et offrir ma douleur aux « Intrus » compassés. ..
A quoi bon exhumer des fantômes incrédu1es
Afin de les convier au leurre du somnambule. ..

Je n'irai pas chercher la trace de mes pas
Dans le sable de l'oubli qui ne me connait pas. ..
Vers quelle nostalqie, quelle infinie tristesse
Me conduirait l'émoi par de fausses carresses. ..

Étranqer dans ma Ville, dans ma propre demeure,
J'entends RORO me dire « plus triste que moi tu meures » ...
Comment exorciser, feindre des retrouvailles
Sur les lieux où la Foi connut ses funérailles. ..

Je ne veux pas partir et remuer les cendres,
Les traces d'une Vie qu'on ne peut plus entendre...
Je tiens à conserver ces précieux privilèges
De voir, d'entendre ma Ville sans aucun sacrilège. ..

Quand ma pensée s'évade et se pose au hasard,
Rien ne vient m'assombrir, désemparé, hagard.
Ni le nom d'une rue et ses bruits coutumiers,
Le rythme de son cœur à jamais familier ...

Je garde au fond de l'âme de si douces images
Que je crains les chimères, les pièges du mirage.
Le Pèlerin se meurt quand il trahit sa Foi. ..
Je n'irai pas mourir une seconde fois...


Etienne MUVIEN
23 Octobre 2005