Ces trois lettres étaient l'abréviation de "Tramways et Messageries du Sahel". Cette ligne à voie unique partait de la place du Gouvernement et aboutissait à BEN-AKNOUN " soit une quinzaine de Kms. Par endroits, une dérivation permettait le croisement des convois. Chacun de ceux-ci, peints en jaune, était constitué d'une motrice et d'une " jardinière ". Cette dernière comportait des banquettes transversales et ne disposait pas de parois latérales. L' " équipage " comprenait un conducteur, le " wattman " et deux receveurs. Le wattman avait à sa disposition un avertisseur actionné au pied et dont le son de cloche était sensé écarter les imprudents qui envahissaient la voie. Tandis que le receveur annonçait l'ordre de mise en route en soufflant dans sa trompette, il délivrait aux voyageurs les tickets qu'il détachait d'une sacoche, après les avoir cochés avec un crayon de couleur.

La motrice était plus confortable, entièrement fermée munie de banquettes latérales, galbées, faites de bois bien poli. L'assise se soulevait en laissant apparaître une réserve de sable, fort utile dans les cas de patinage des roues dans les fortes rampes. Un conduit amenait le sable juste devant les roues. Mais voilà que parfois, la perche d'alimentation sautait. C'était le rôle du receveur de descendre pour la remettre en place. Il en profitait pour chasser les jeunes resquilleurs qui s'accrochaient à l'arrière du tram… Dans son itinéraire, il partait donc de la place du Gouvernement. Les voyageurs en attente à l'arrêt, étaient sollicités par les marchands de cacahuètes ou de sandwiches, mot inadapté car il s'agissait de " doigts de dames " fourrés aux anchois, enfermés dans une caisse tenue en bandoulière qui les maintenait au chaud. Sur le couvercle coulissant, on pouvait jouer aux " tchic-tchic ".

Après le départ, on empruntait la rue de la LYRE, étroite et bordée d'arcades qui abritaient de nombreux cafés maures devant lesquels, sur des guéridons, se jouaient de bruyantes parties de dominos. On passait devant le marché de La LYRE avant de déboucher dans la rue ROVIGO, les fameux Tournants ROVIGO, maintes fois chantés par Pierre DIMECH avec son talent habituel. C'était la partie la plus épique du trajet. Les virages étaient si serrés que les rails ne pouvaient suivre leur courbe et passaient d'un côté de la rue vers le trottoir opposé. Le plus ardu des virages étant celui du CADIX, carrefour où aboutissaient l'avenue GANDILLOT, la rue MOGADOR et la rue DUPUCH. Plus haut, le square MONTPENSIER, suivi du virage du " Zigo bar " et la cité BISCH. C'était là que je résidais chez mes parents, au 96, dans l'immeuble des Anciens Combattants. Au pied de l'imposant immeuble, un virage serré à angle droit. Enfants, nous avions imaginé un jeu de toupie original. Il faut d'abord se souvenir qu'à cette époque du début des années 30, il y avait peu ou pas de circulation automobile. Dans ce jeu, le perdant devait placer sa toupie dans le rail du tram. Il s'agissait , pour les joueurs, de la déloger avant le passage d'un convoi en lançant la sienne par un mouvement violent (faire " safia ").
En continuant l' ascension, on abordait l'avenue de la VICTOIRE, une longue ligne droite qui limitait le haut de la CASBAH, avec à gauche, le Fort Turc. Plus loin, on obliquait à gauche en laissant à droite la Prison BARBEROUSSE. On passait sous deux grands porches contenant à gauche l'église Sainte CROIX, ancienne mosquée, où j'ai fait ma première communion, et à droite, le célèbre pavillon du " coup de l'éventail " et de suite à gauche, le musée FRANCHET D'ESPEYRET, consacré à l'armée française de la conquête d'ALGERIE. Une centaine de mètres plus loin, la voie passait entre la caserne d'ORLEANS et le stade MINGASSON. Nous nous trouvions alors sur le Boulevard du Maréchal de BOURMONT qui allait nous conduire à EL-BIAR en passant par le quartier de La TREILLE, les TAGARINS au pied du Fort l'EPEREUR.
Après EL-BIAR, la route plus sage, nous amenait au lieu-dit " CHATEAUNEUF ", au carrefour de la route de CHERAGAS et celle de BEN AKNOUN, avec, en tout début, la briqueterie DOUÏEB.

Comparé à notre époque, c'était une véritable expédition que de se rendre dans les collines du SAHEL, et il fallait s'armer de patience pour supporter la lenteur du déplacement, les arrêts, les correspondances des croisements, les sauts de perches…

Bien avant la guerre, les TMS disparurent au profit de modernes trolleybus, exploités par la société " Chemins de Fer sur Routes d'Algérie (C.F.R.A.) Prononcez comme tout le monde : les " céféras ".
Texte écrit par Yves DONIUS en 2001, mis en ligne le 17 juin 2006.