Je pensais que le temps taraudant ma mémoire,
Jetterait dans l'oubli le thème de mon histoire...
Mes souvenirs restant fidèles, providentiels ?
Je vais la raconter, du moins pour l'essentiel..

Il était une fois, dans une ville d'Azur,
"Les tournants Rovigo" de pittoresque allure
Ils partaient d'un marché proche de l'Opéra-théâtre,
A l'assaut d'une colline, un long amphithéâtre,
Pour atteindre au plus haut le Boulevard de BOURMONT

Au terme d'un parcours justifiant leur renom...
Comme un fleuve tranquille au sinueux parcours,
Ses méandres abritaient les quartiers d'alentour.
Je vous invite à suivre, par étapes, par séquences
Ces tournants renommés que ma mémoire recense...

La première ascension, banale et monotone,
Aboutit au Cadix dont le prestige résonne !
Au confluent des rues Dupuch et Mogador,
Ce bistrot accueillant valait son pesant d'or !
Une escale salvatrice au parfum d'anisette

Pour le piéton hardi terminant la grimpette!
A quelques pas de là, "Raphaël" vous invite :
"L'artiste des tailleurs", "le tailleur des artistes"
Mais une activité, sans doute complémentaire ,

Du quartier adjacent se développe et s'affaire
Une laiterie, un coiffeur et un vieux ferblantier,
"Un rétameur d'antan", un des défunts métiers...
Ne nous attardons pas, le périple commence...

La côte va faire preuve d'une certaine exigence !
En témoigne le tramway qu'une perche sournoise,
Sautant dans les virages, l'handicape et le...toise !

Le paysage, après l'Avenue Gandillot,
Devient assez austère, un peu morne et...vieillot.
Mais bientôt se profile le hâvre de quiétude
D'un quartier très ancien patiné... d'habitudes !

"Montpensier" !bien lové dans un méandre complice,
Village miniature où l'osmose est complice...
Un canevas tissé au fil émotionnel...
Ses rues Duclos, Roman, de Nuit et bien sûr "Elle"
"La grande Mademoiselle" ! Allez savoir pourquoi

Si près de la Casbah, ce lustre d'autrefois...
Le square à demi ombragé et son kiosque à musique,
Les maisons d'alentour aux balcons symétriques...
MONTPENSIER ! les souvenirs m'entrainent dans mon passé

A travers le décor tel que je l'ai laissé :
L'école Gambetta et ses classes attentives
Que les maîtresses conscientes savaient rendre attractives.
Les commerces familiers :Adolphe Bastélica,

Boulanger dont le four accueillant pour les plats,
Servait aussi d’abri au cours des raids de guerre
…La solidarité étant belle naguère…
Comment ne pas citer le café du Centaure
D’où l’anis s’évadait assez loin au dehors !

 

 

 

Le café maure, bruyant, aux dominos vengeurs
Frappant les tables en marbre et ceci, à toute heure !
ORTUNIO : ses pâtés, saucisses et soubressades
Dont la vue suscitait de légitimes toquades !
« LAZALI » froid, austère, débitait les tabacs :
Job, Bastos, les journaux de là-bas…

« La pharmacie COUGNOT » ! les fruits et les légumes
De BENSOUNA l’Arabe, proposant les agrumes,
Produits des quatre saisons, ouvrant avec adresse
Les figues de barbarie délicieuses mais…traitresses !
Et puis la cave à vins, l’indigène teinturier
Très smart dans ses costumes. Le coiffeur du quartier…

Plus loin, voici Bakir, l’inévitable moutchou,
Ses pyramides de boites, ses myriades de tout…
Fûts d’huile un peu fuyants, des grands sacs d’épices,
Carrousel odorant, tentateur et complice…
Les bocaux de bonbons colorés et offerts
Parcimonieusement en vertu…des affaires !

Il manque à ce tableau deux marchands singuliers
Complétant l’entité et la vie du quartier.
Le premier débitait une glace salutaire
Utile aux lessiveuses transformées en glacière !

Le second, l’artisan des beignets tunisiens,
Makrouds et zalabias ! Qui donc ne se souvient
De ces clichés tout simples, ces coutumes de la rue
Cet album populaire à jamais disparu...

MONTPENSIER, MONTPENSIER, cinéma d’autrefois !
Zorro fit des émules, l’avant-scène en fait foi
Avec les yaouleds bruyants et dissipés
Qu’une ombre essaie en vain de contraindre à la paix !

MONTPENSIER ! c’est encore l’illustre A.S.M.,
Cette figure de proue, cette valeur extrême,
Quand le sport réunit sous la même bannière
Les adeptes multiples pratiquant leur matière

Où le water-polo, entre autres disciplines,
Eut ses lettres de noblesse que la gloire détermine…
Je ne peux terminer cette fresque globale
Sans traduire l’émotion, la note sentimentale
D’images puériles mais significatives
D’une vie sans histoire, commune et affective.

Ici des petites filles jouant à la marelle
Sur les trottoirs propices aux figures éternelles…
Et là, de jeunes garçons, religions confondues,
Disputant âprement, sans vergogne, dans la rue,
Des parties de ballon criardes, interminables
Et qu’un tramway stoppait, vengeur et intraitable !

Mais il nous faut poursuivre l’ascension routinière,
Gravissant les lacets de cette voie singulière :
D’autres et d’autres quartiers plus ou moins étendus
Jalonnent son parcours vers des lieux suspendus…

Gendarmerie, les halles centrales et de poissons
Et le jardin des sports : le grand stade Mingasson…
Enfin, le dernier rush au terme de l’exercice !
Le tram va côtoyer les salles d’artifices
Pour arriver vainqueur à l’ultime station,
Ayant vaincu la côte au Boulevard de BOURMONT !!!!!!!!!!!







Eliane MUVIEN