…Je crois t'avoir dit en passant, il y a sans doute longtemps, que j'avais pris des cours de piano chez une vieille dame du quartier, qui avait elle-même donné des leçons de piano à...ma mère! Cela s'était passé, dans les années 46-51 à son domicile, 2 avenue Maurice, en montant à droite dans les escaliers, à partir de la rue Dupuch, juste avant le carrefour entre cette rue et la côte de la rue St-Augustin. En bas, à l'angle de la rue Dupuch et des escaliers, il y avait une épicerie tenue par un mozabite: c'était "notre" Moutchou. Ma mère et ma grand-mère en étaient de fidèles clientes, et donc moi avec, en sortant de l'école Dordor…. Je me souviens que la fenêtre de la petite salle à manger où se trouvait le piano sur lequel se déroulaient mes leçons, dominait des tas d'autres immeubles, notamment la cour du garage du Cadix…

Cette dame s'appelait Madame Rossotti. Ma mère m'avait dit qu'elle avait 2 fils, qu'elle avait connus dans sa jeunesse, sans doute au temps où elle prenait elle-même ses leçons de piano. L'un d'eux était prénommé Henri. Je revois une photo des deux frères sur le piano. Ils portaient des costumes blancs chamarrés, ils avaient les cheveux gominés, de fines moustaches luisantes, et des maracas en mains...Et de fait, je savais par Mme Rossotti que ses 2 fils, dont elle était très fière, avaient monté un orchestre de musique "tropicale"...

Tout cela était enfoui dans ma mémoire…Et voilà que, quelques jours avant Noël, j'entends une émission sur France-Musique ou Radio classique. Il y était question de l'après-guerre, de Mistinguett, de Maurice Chevalier, des orchestres de Ray Ventura et de Jack Hélian, et je dis soudain à Josette: ça me fait penser à Mme Rossotti et à ses fils, notamment Henri, qui avaient un orchestre...

Alors que je disais cela, l'animateur de l'émission ajouta : "et l'orchestre d'Henri Rossotti"...Je bondis de joie, mais l'autre poursuivit: "Henri Rossotti était un musicien d'origine helvétique" ...J'ai crié ma colère: encore une désinfo! Encore un passage sous silence de notre communauté, même si cette famille pouvait avoir une origine suisse: Mme Rossotti enseignait le piano à ma mère à Alger au milieu des années 20; elle avait des garçons nés à Alger qui étaient des copains de ma mère....

Téléphoner ? Ecrire ? Pas d'illusion : action en pure perte !... Alors, je me suis dit: la meilleure riposte, c'est d'en parler sur le site des Tournants Rovigo!

D'où ce récit. Augmenté de mes recherches sur Internet. Où j'ai trouvé trace de ventes de disques des "tubes" de l'orchestre Henri Rossotti sur divers sites Et trouvé encore mieux: des références de passages de cet orchestre dans les cabarets parisiens les plus connus, et ce, avant même la guerre 39-45. Ainsi, au "Bagdad" (ça ne s'invente pas!!) en 35-36 . Mais c'est surtout après 45 qu'on le retrouve, dans le répertoire " Tropical": Boléros, sambas, Baïons...
Le 31 décembre 1958, ils assurent la soirée de Réveillon aux Ambassadeurs.
Mais, dès 1946, "La Semaine de Paris" lui avait consacré un article plus qu'élogieux dans le cadre d'une rubrique sur le cabaret "Au Ciro's ou Les Grands Seigneurs", rue Daunou, près de l'Opéra, l'un des endroits les plus chics de Paris: " la mode y était lancée, des réputations s'y faisaient, des popularités y étaient consacrées , et qui, en 1946, est toujours le lieu idéal où le ton est donné, où les soirées sont d'un goût parfait et où l'orchestre Henri Rossotti les accompagne à merveille. Cet ensemble musical nous revient du midi après 5 ans d'absence volontaire... "
J'aurais envie d'ajouter: "suivez mon regard! Encore un, Henri Rossotti, qui a du chanter: " C'est nous les Africains qui revenons de loin.".

Eh bien, grâce à une désinfo de Radio-France à notre détriment (une de plus) voilà un portrait nouveau que nous pouvons accrocher avec fierté au mur de la Célébrité pour les Enfants du Quartier Rovigo !!!

PIERRE DIMECH